Tchernobyl, cette «mangeoire pour les corrompus»...
L'invitée Tribune de Genève
«Les travaux de mise en sûreté de la centrale sont en retard de 7 ans!»
EMILIA NAZARENKO JOURNALISTE UKRAINIENNE ACCRÉDITÉE AUPRÈS DE L’OFFICE DES NATIONS UNIES À GENÈVE | 30 Avril 2008 |
Dans la nuit du 25 au 26 avril 1986 à 1 h 25, le réacteur N° 4 de la centrale atomique de Tchernobyl a explosé soulevant la dalle de béton de mille tonnes et laissant s'échapper 12 milliards de milliards de becquerels...
Après la chute de l'URSS et l'ouverture des dossiers secrets de l'Etat, on a appris que la zone contaminée était bien plus étendue qu'on ne l'avait annoncé. Environ 28 000 km² étaient contaminés par des retombées de 5 à 15 curies de césium 137 par kilomètre carré (sans compter le strontium 90, le plutonium et autres éléments radioactifs). C'est-à-dire 16 500 km² en Biélorussie (Bélarus), 8000 en Russie et 3500 en Ukraine.
En 2005 en Ukraine le nombre total des victimes de cette catastrophe s'élevait à 2 646 106 personnes, y compris 650 000 enfants. En Biélorussie, qui a absorbé 70% des radiations et dont 30% des terres demeurent officiellement «vitrifiées», la situation est encore pire.
Selon les statistiques biélorusses, dans les zones fortement contaminées on observe une augmentation de 4000% du cancer de la thyroïde, une progression du diabète de 700%, des pathologies sanguines de 800%, une augmentation des maladies digestives, des poussées de cancers.
Sur les territoires sud-ouest de la Russie, la moitié de l'irradiation est due aux radios nucléides de Tchernobyl. Il y a des régions ou la population a accumulé déjà des doses de radiation équivalentes à celles qu'on reçoit durant 70 ans de la vie normale.
Ce réel état des choses est sciemment ignoré par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
Le 6 septembre 2005 à Vienne s'est tenu le Forum Tchernobyl sous le «haut patronage» de ces deux organismes internationaux. Son rapport sur les impacts sanitaires, environnementaux et socio-économiques de cette catastrophe limite à 4000 le nombre de décès liés à Tchernobyl. Les conclusions des experts sont plus qu'encourageantes: «L'équipe d'experts internationaux n'a trouvé aucune indication d'une quelconque augmentation de l'incidence de la leucémie et du cancer chez les habitants affectés par Tchernobyl».
Les scientifiques du Bélarus, d'Ukraine et de Russie n'admettent pas le rapport sur Tchernobyl, le jugent inacceptable et peu scientifique. C'est ce qu'affirme l'académicien biélorusse Vassili Nesterenko dont le livre Conséquences de Tchernobyl pour l'homme et la nature a été présenté aux journalistes internationaux de Genève le 23 avril. Il est clair que l'AIEA tente à tout prix de minimiser le coût humain de la catastrophe de Tchernobyl. Si les doses reçues en dehors de l'URSS ont été trop faibles pour causer des effets immédiats, les risques à long terme sont réels.
En 1995 l'Ukraine s'est engagé à fermer définitivement la centrale contre l'octroi d'une aide financière internationale, à savoir 2,3 milliards de dollars sur le compte spécial dont la gestion est assurée par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement.
Mais les travaux de mise en sûreté de la centrale sont en retard de 7 ans! Le silo de stockage de déchets radioactifs dont la construction a coûté 250 millions d'euro n'est pas achevé.
Lors des débats parlementaires du 16 avril passé à Kiev, le président du Parlement ukrainien Arseniy Yatsenyuk a reconnu que «depuis 16 ans la problématique de Tchernobyl est devenue «la mangeoire pour les corrompus». Tout en n'oubliant pas de rappeler aux pays donateurs leurs engagements financiers...
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